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mardi 27 avril 2010

Une belle rencontre

Aujourd’hui, petite journée à l’hôpital. Oh, rien de grave, une épidurale et pourtant, le lieu, les blouses blanches, ce n’est pas ma tasse de thé. J’angoisse et devient fragile.
Installée dans ma chambre à 4 lits, 2 sont occupés, moi, et en face, une dame âgée aux cheveux blancs, les lunettes sur le nez et plongée dans ses mots croisés. Elle ne lève pas la tête. Mais je sais qu’elle m’observe comme je le fais. L’épidural, quoique de plus en plus pratiquée, n’est pas un geste anodin. Mon angoisse étant perceptible, l’infirmière me donne un léger relaxant. Elle m’installe pour le Baxter. Ma petite dame en face, continue ses mots croisés, elle ne lève toujours pas les yeux.
Une infirmière entre dans la chambre, c’est pour elle. Elle lui apprend à marcher avec un cadre de marche pour lui éviter de tomber. Elle se lève. Elle à mal. Pourtant c’est le sourire aux lèvres qu’elle y va. Elle a du courage. Aidée de la kinésithérapeute , elle écoute ses conseils. « D’abord vous avancez le cadre, bien vous y appuyer, puis vous avancez la jambe opérée, puis la bonne. Allez, on recommence, c’est bien ». Toujours fière et courageuse, elle fait ses premiers pas. C’est difficile, malgré sa douleur, elle ne se plaint pas. Mais l’effort est trop important et il faut qu’elle s’arrête. La tête lui tourne, elle doit retourner à son lit. La kiné l’aide et mon "inconnue", toujours le sourire aux lèvres fait demi tour et revient à son fauteuil. Elle s’y réinstalle, se couvre les genoux de son peignoir et se remet à ses mots croisés. Elle soulève les yeux avec un petit sourire que je lui retourne, mais pas un mot.
Moi, j’attends mon tour, je lis un livre de scrapbooking, qui l’eut cru. Le Baxter coule doucement. Je suis calme.
A 11h00, un infirmier vient chercher mon lit et je commence mon voyage dans les corridors. Il est très gentil, nous faisons un brin de causette. C’est son travail, acheminer les malades là où ils sont attendus et leur tenir un petite conversation. Il s’y prend bien, il est gentil, il a de l’humour, il transmet toutes ses ondes positives, et je l’écoute, je suis toujours calme.
Le médecin m’accueille avec un grand sourire rassurant. Il me met fort en confiance et tout se passe bien. Je suis contente, il est content. Le retour du voyage se fait par les mêmes corridors, je suis un peu groggy, et ce n’est plus le même conducteur. J’ai droit à une conductrice.
Arrivée à ma chambre, ma voisine d’en face est toujours dans ces mots croisés. Pas un mot. Je respecte son silence. Pour moi l’heure arrive tout doucement où le Baxter me sera enlevé et où je pourrai rentrer. Les visites sont terminées. Mon Baxter enlevé, j’attends Michel dans le silence. Et puis, pourquoi à ce moment le silence s’est brisé ? Je lui ai demandé comment elle allait, tout simplement. Et JOSETTE a parlé, et beaucoup parlé. Au fond d’elle, elle enfermait un gros chagrin. Elle est veuve depuis pas très longtemps. Son mari est parti le 3 décembre. Josette est seule et « il faut vivre avec » comme elle dit, les yeux embués. Je la réconforte comme je peux mais je me sens si impuissante. Notre rencontre n’était pas si anodine, nous avions finalement tellement de choses en commun. Son mari a certainement croisé mon beau-père à Cockerill, et moi j’ai travaillé dans les locaux qu’il connaissait si bien car il y a travaillé tellement d’années. Mes beaux-parents allaient à la fête des pré pensionnés. Josette se remémore y aller aussi avec son mari, et puis elle me raconte la remise des médailles du travail, quelle fierté dans ses yeux, qu'elle beau sourire m'offra-t-elle. Son fils, Michel, (tiens tiens, mon mari s’appelle Michel) est enseignant dans le professionnel, comme mon mari. Qui a dit que les rencontres n’arrivaient jamais par hasard ? Nous avons finalement parlé beaucoup et j’'ai aimé voir ses yeux pétiller aux souvenirs des bons moments passés avec son mari. Mais j’ai vu aussi ses yeux s’embuer à ses mêmes souvenirs et je n’ai pu m’empêcher avant de partir de la serrer très fort dans mes bras. Josette était très émue, Michel aussi. Nous l’étions tous. Josette, je ne t’oublierai jamais. Tu m’as offert une belle leçon de vie. Merci.


Ces quelques fleurs que j'ai cueillies au jardin, pour toi, pour vous.

Passez une belle semaine,

Même les rencontres de hasard sont dues à des liens noués dans des vies antérieures.
[Haruki Murakami]

Merci à vous qui passez me lire,
chacun de vos commentaires confortent le hasard de mes rencontres.